Se pardonner peut sembler une montagne insurmontable. Pour certains, cette simple idée provoque une résistance intérieure violente, une vague de honte ou de colère contre soi-même. Chez les personnes hypersensibles, ce processus est encore plus délicat. Leur perception du monde est teintée d’une intensité émotionnelle qui amplifie la moindre erreur, comme si chaque faute devenait une faille de l’identité. Se pardonner, pour elles, n’est pas juste une décision : c’est un chemin complexe, intime, souvent douloureux.
L’histoire de Nadia illustre ce cheminement avec une humanité bouleversante. Elle révèle les racines profondes du non-pardon de soi et les blessures invisibles qui s’y rattachent.
L’histoire de Nadia : une faute ordinaire, une souffrance extraordinaire
Nadia a aujourd’hui 38 ans. Elle est éducatrice spécialisée dans un centre pour enfants en difficulté. Douce, attentive, profondément à l’écoute des autres, elle est aussi maman d’un adolescent. Sa vie semble en équilibre, mais une faille demeure, dissimulée dans les replis de sa mémoire : un souvenir, une scène anodine en apparence, qui revient sans cesse, la hanter.
Elle avait 27 ans. Mère célibataire, épuisée par des nuits sans sommeil et des tensions professionnelles, elle vivait sous pression constante. Un jour, alors que son fils de 4 ans refusait obstinément de ranger ses jouets, Nadia a crié. Pas simplement levé la voix — elle a hurlé, les larmes aux yeux, secouée par la colère et la fatigue. L’enfant a sursauté, reculé, puis s’est effondré en sanglots, recroquevillé dans un coin de la pièce.
Ce moment a laissé une marque. Le temps est passé. Elle s’est excusée, elle a tout fait pour ne plus jamais revivre cela. Mais aujourd’hui encore, dix ans plus tard, elle n’arrive pas à se pardonner. Ce souvenir revient régulièrement, comme une claque silencieuse.
« Je sais que c’était une accumulation. Je sais que je ne suis pas une mauvaise mère. Mais à chaque fois que j’y repense, j’ai l’impression de m’être trahie. De l’avoir trahi. Ce n’était pas juste un cri, c’était un écho de toute ma fragilité. », dit-elle les yeux baissés.
Quand le pardon devient un piège intérieur
Nadia a consulté. Elle a lu, médité, écrit des lettres à elle-même. Elle a aussi beaucoup donné aux autres, pensant peut-être racheter ce moment par des gestes de bonté. Pourtant, quelque chose résiste. Quelque chose en elle refuse encore le soulagement du pardon.

Ce qui rend difficile le pardon, c’est une phrase, un concept qui se répète dans notre tête et qui nous dit que le mal que nous avons causé à une autre personne ou à nous-mêmes, nous aurions pu et dû l’éviter. Et comme nous ne l’avons pas fait, nous sommes coupables, coupables d’avoir fait du mal, et avec cette culpabilité, il devient impossible de se pardonner. C’est impossible.
Si une partie de toi pense que tu aurais pu et dû l’éviter, c’est comme si tu étais doublement coupable : coupable pour le mal que tu as causé et coupable de ne pas l’avoir évité alors que tu aurais pu. Et avec ça, un tas de « devrais » envahissent ton mental .
Pourquoi ? Parce que se pardonner n’est pas un acte intellectuel. C’est une libération émotionnelle et corporelle. Et cette libération est souvent bloquée par des couches de blessures anciennes, d’injonctions invisibles et de croyances limitantes profondément ancrées.
La culpabilité comme armure
Ce qui empêche souvent Nadia — et tant d’autres — de se pardonner, c’est la croyance que la culpabilité est nécessaire pour rester une « bonne » personne. Que si elle cessait de souffrir pour cette erreur, elle baisserait la garde. Que si elle s’apaise, elle risque de devenir négligente, voire dangereuse.
Ces pensées sont insidieuses. Elles ne s’expriment pas toujours clairement, mais elles agissent comme des gardiens intérieurs. Elles murmurent : « Tu ne mérites pas la paix », « Souffrir, c’est prendre tes responsabilités », « Ton regret est la preuve que tu es quelqu’un de bien ».
Ainsi, la culpabilité devient une forme de contrôle. Elle rassure. Elle donne l’illusion que l’on maîtrise le passé en le gardant vivant, douloureux. Mais en réalité, elle nous enchaîne à ce passé et nous empêche d’évoluer.
Les blessures sous-jacentes : là où tout commence
Pour comprendre pourquoi Nadia n’arrive pas à se pardonner, il faut aller plus loin que l’évènement lui-même. Il faut explorer les racines affectives plus anciennes : les blessures émotionnelles formées bien avant la scène avec son fils.

La blessure de la honte
Nadia a grandi dans une famille où l’émotion était rarement accueillie. Les erreurs étaient punies, les pleurs minimisés, les excès d’émotion vus comme des faiblesses. Petite, elle a appris à être sage, à contrôler, à performer. Elle s’est construite sur l’idée que l’amour s’obtient par l’exemplarité. Alors, quand elle a crié ce jour-là, ce n’est pas seulement la mère d’un enfant de 4 ans qui s’est effondrée, c’est la petite fille en elle qui a cru perdre à nouveau l’amour inconditionnel.
La honte naît souvent ainsi : quand on pense que ce que l’on a fait remet en cause ce que l’on est. Nadia ne s’est pas dit « j’ai fait une erreur », elle s’est dit « je suis un monstre ». Ce glissement, subtil mais fondamental, rend le pardon presque impossible.
La blessure d’abandon
Enfant, Nadia a souvent été livrée à elle-même. Sa mère, dépassée, oscillait entre absence et colère froide. Elle a appris à se débrouiller seule. À ne pas déranger. Mais ce manque d’écoute et de protection a laissé une empreinte. Une part d’elle croit aujourd’hui que personne ne sera là pour la consoler si elle chute. Alors elle se punit elle-même avant que quelqu’un d’autre ne le fasse. Elle anticipe le rejet en se rejetant elle-même.
La blessure de trahison
Il y a aussi ce sentiment de trahison de ses propres valeurs. Nadia valorise la douceur, l’écoute, la patience. Le jour où elle a crié, elle a senti qu’elle avait violé un contrat intérieur. Et cette trahison-là lui semble impardonnable, parce qu’elle touche à l’image qu’elle a d’elle-même. Or, tant qu’on s’identifie exclusivement à une image idéalisée de soi, toute déviation devient un effondrement intérieur.
Le pardon de soi comme réconciliation
Se pardonner ne signifie pas excuser. Ce n’est pas minimiser l’impact de ses gestes. C’est reconnaître que même dans l’erreur, il y avait une part humaine, une limite, une douleur. C’est reconnaître que l’on peut aimer cette part de soi sans glorifier ce qu’elle a fait.
Pour Nadia, cela signifie poser un autre regard sur ce jour-là. Voir non pas seulement la femme qui a crié, mais aussi la femme qui s’est effondrée, la mère qui était à bout, l’enfant en elle qui n’en pouvait plus de porter seule.
Le pardon de soi commence là : dans cet espace de compassion lucide, où l’on reconnaît ses blessures, ses limites, et où l’on s’engage à ne plus les nier mais à les accueillir.
Ce que Nadia découvre peu à peu
Aujourd’hui, Nadia ne s’est pas encore totalement pardonnée. Mais elle commence à se parler autrement. Elle a écrit une lettre à la femme qu’elle était ce jour-là. Elle lui a dit : « Tu as crié. Tu étais fatiguée. Tu avais besoin d’aide. Et tu n’étais pas seule, tu avais juste oublié que tu pouvais demander du soutien. »
Elle apprend à reconstruire un dialogue intérieur moins violent, plus juste. Elle découvre que la culpabilité n’est pas le seul moteur de transformation. Que la douceur peut être, elle aussi, un levier de croissance.
Et surtout, elle commence à comprendre que se pardonner, c’est ne plus réduire sa vie à un moment, aussi douloureux soit-il. C’est honorer tout le reste : la présence, les gestes tendres, les réparations, les silences bienveillants, les pas vers l’autre.
🌱 À ce propos, je t’invite à lire mon article :
👉 Hypersensibles : comment changer son dialogue intérieur
Les croyances qui nous empêchent de nous pardonner
Beaucoup de gens pensent que s’ils se pardonnent, ils trahissent leurs valeurs ou qu’ils se donnent une excuse trop facile. Pourtant, derrière ces résistances se cachent souvent des mécanismes de protection, forgés dans l’enfance ou les expériences passées.
Il y a cette croyance que si l’on se pardonne, on risque de refaire les mêmes erreurs. Comme si la souffrance était garante de vigilance. Mais en réalité, c’est la compréhension et la bienveillance envers soi qui permettent un véritable changement.
D’autres pensent que la douleur est un moteur, qu’elle les pousse à s’améliorer. Mais cette douleur chronique épuise, immobilise, et finit par étouffer toute impulsion créative.
Certains entretiennent la conviction qu’ils doivent souffrir pour racheter leurs erreurs. Comme si la souffrance était une monnaie d’échange. Mais ce modèle culpabilisant ne guérit rien : il perpétue la blessure.
Il y a aussi la peur d’avancer. Car pardonner, c’est souvent renoncer à une posture connue, à une souffrance familière. Cela suppose de se remettre en mouvement, d’oser à nouveau — ce qui peut être vertigineux.
Se pardonner peut aussi réveiller la nécessité de s’excuser auprès d’un autre. Et cette perspective, selon l’histoire relationnelle vécue, peut être encore plus douloureuse que la faute elle-même.
Certains refusent le pardon car ils estiment qu’ils ne peuvent réparer. Pourtant, toute réparation n’est pas extérieure : elle peut être intérieure, intime, symbolique.
Enfin, pardonner exige d’accepter nos limites, nos failles, notre humanité imparfaite. Et pour ceux qui ont appris à se valoriser uniquement à travers la force ou la perfection, cela revient à tout réapprendre.
🌱 Pour nourrir ta réflexion, je t’invite à lire mon article :
👉 Hypersensibles : la face cachée des croyances limitantes
Récapitulons…
Se pardonner peut sembler une montagne insurmontable, surtout pour les hypersensibles, qui ressentent leurs erreurs de manière amplifiée. Ils sont non seulement confrontés à leur propre jugement, mais aussi à des mécanismes de défense émotionnels. En effet, les bénéfices de ne pas se pardonner liés à des croyances limitantes tenaces rendent le pardon si difficile.
Les voici :
| Pour avoir plus de contrôle sur mes actes | Si je me pardonne, je referai peut-être les mêmes erreurs. Je baisserai la garde et cela se reproduira. |
| Pour corriger les erreurs avec plus de force | Le souvenir de la douleur me motive à corriger mes erreurs. Si je me pardonne, je risque de me détendre et de ne rien résoudre. |
| Pour me punir en me faisant sentir coupable | Je mérite de souffrir pour ce que j’ai fait. C’est ma manière de racheter mes fautes. |
| Pour rester dans le rôle de la victime | Si je me pardonne, je devrai avancer, prendre des décisions et affronter l’inconnu. Cela m’effraie. |
| Pour éviter de demander pardon à l’autre personne | Si je me pardonne, je devrai reconnaître mes torts auprès de l’autre, et je ne me sens pas prêt.e à le faire. |
| Pour éviter de réparer mes erreurs | Si je me pardonne, je devrai faire des efforts pour réparer ce que j’ai fait. Cela me paraît insurmontable. |
| Pour éviter d’accepter mes limites | Si je me pardonne, je devrai reconnaître que je ne pouvais pas faire mieux. Cette idée me dévalorise. |
| Pour justifier des comportements autodestructeurs | Je ne mérite pas d’aller mieux. Mon comportement est le reflet de ma culpabilité. |
Conclusion
Chez les hypersensibles, se pardonner n’est jamais une simple étape : c’est un travail de fond, parfois long, souvent inconfortable, mais profondément libérateur. Si tu te reconnais dans ce récit, rappelle-toi que tu n’es pas seul.e à ressentir cette difficulté. Que ce n’est pas un échec d’avoir du mal à se pardonner. C’est même souvent une preuve de conscience, de profondeur, d’amour.
Mais il est possible d’apprendre à déposer les armes. De sortir du cercle culpabilisant. De choisir, chaque jour, un regard plus doux, plus humain, plus juste sur soi-même.
Tu as le droit de guérir. Le droit de t’apaiser. Le droit d’avancer.
Et toi ? Est-ce que tu as déjà eu du mal à te pardonner ? Que t’a appris ce chemin ?
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N’hésite pas à partager cet article autour de toi si tu penses qu’il peut aider d’autres personnes hypersensibles à comprendre pourquoi il est parfois si difficile de se pardonner… et comment commencer à le faire, doucement.
Prends bien soin de toi et à très vite pour un nouvel article ! 😉
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